L’utilisation des plaquettes de bois en litière animale

Avec une demande de paille qui ne cesse d’augmenter et des prix, rendus cours d’exploitation, qui atteignent jusqu’à 150 € la tonne, de nombreux éleveurs cherchent des produits de substitution pour cet hiver. Une étude menée par des élèves de l’ENSAR, en partenariat avec l’association AILE, renforce l’utilisation du copeau de bois en utilisation de litière animale. La FD CUMA 53, relais bois énergie de l’ADEME donne quelques pistes de réflexion.

Certains agriculteurs, soucieux de ne pas brûler le bois issu de l’entretien de leurs haies et n’ayant pas forcément de chaudière automatique à plaquettes ont choisi de valoriser leurs plaquettes de bois sous forme de litière animale.

 

Bien distinguer les produits :

Pour éviter les mauvaises surprises, il faut bien distinguer les différents sous produits :

  • La sciure : issue de des différentes entreprises du bois, la sciure n’a qu’un pouvoir absorbant limité et son renouvellement en litière devrait se faire quotidiennement. La faible granulométrie de ce produit empêche « la respiration » de la litière donc une apparition des moisissures qui pourraient entraîner des risques de mammites. 
  • Le broyage de déchets verts : leur utilisation est déconseillée, d’une part à cause de leur trop grande richesse en eau, ce qui diminue les capacités d’absorption et augmente également les risques de fermentations (risques de mammites). D’autre part, la présence de débris ligneux acérés limite cette utilisation, posant la question des échardes (mamelles).

 

 

Le bois déchiqueté sec :

Avec un format plus important (50x30x10 mm) et bien sec, le copeau de bois est utilisable en litière animale, bien sûr en l’utilisant après au moins 4 mois de séchage après le déchiquetage.

  •  Quelques travaux sur l’utilisation en volailles :
    Une étude a mis en évidence que l’utilisation d’une fine couche de copeau en litière sous des poulets était un facteur positif dans la diminution du risque de dermatites. De même il apparait qu’une litière à base de copeau, dès la mise en place des lots, permet en favorisant les comportements exploratoires, de diminuer le phénomène de picage. Cette propriété est d’autant plus développée que la fiente de volaille sur du copeau ne crée pas de « croûtes » comme avec de la paille ce qui permet de favoriser ce  comportement.
  • L’utilisation pour les bovins : En stabulation libre, la plaquette de bois peut se faire de différentes façons.

En règle générale, en terme d’absorption, on considère qu’un mètre cube de bois déchiqueté sec remplace environ 250 kg de paille. D’un point de vue pratique, autant il est facile d’étaler une balle ronde de 250 kg sur une surface. A l’inverse, la répartition d’un mètre cube de plaquettes sur cette même surface se révèle délicate.

Les éleveurs qui développent ce système travaillent donc en sous couches : les plaquettes ont un fort pouvoir absorbant. Placées sous la paille sur une épaisseur de 10 à 15 cm, elles permettent un drainage efficace de la litière. Ainsi la paille reste propre plus longtemps en surface ce qui permet de renouveler le paillage moins souvent et améliore la propreté des animaux. Cependant la paille reste indispensable pour le confort des animaux et pour le maintien de la chaleur en hiver.

 

L’utilisation en « mille feuilles »

En plus d’une sous couche de copeau sous la paille, certains éleveurs rajoutent, une à deux fois par semaine, une couche de plaquettes en plus de la paille quotidienne.

Ce système, plus exigeant en terme de manutention, permet une meilleure stabilisation de la litière pour ceux qui ne curent pas de l’hiver. 

Dans la plupart des cas, la comparaison avec la paille est favorable aux plaquettes : « le tas de fumier a une meilleure tenue, la décomposition est meilleure, on obtient quelque chose qui se rapproche plus de l’humus »

 

Un compostage nécessaire :

Au vu de la granulométrie des éléments, le compostage se réalise de façon classique (à la composteuse ou à l’épandeur) et les agriculteurs interrogés s’accordent à dire que l’on a une bonne qualité de compost et que les plaquettes, au moment de l’épandage, n’apparaissent plus ou alors dans un stade de dégradation avancé.

 

Du bois déchiqueté rapidement rentable : 

 

Au vu du gaspillage engendré en brûlant le bois en bout de champ, certains agriculteurs ont décidé de satisfaire un besoin écologique en valorisant les rémanents de leur haies voire ceux de leurs voisins. Cette attitude respectueuse de l’environnement est en correspondance cette année avec le déficit important de paille qui a fait flamber les prix de la paille achetée.

 

Retenons les hypothèses moyennes suivantes :

 

-        1m3 de plaquettes = 250 kg de paille

-        Un troupeau en moyenne consomme 1 tonne de paille / UGB / an

-        Substitution d’1/3 de paille par du copeau de bois sur l’ensemble de la saison

-        Coût du bois déchiqueté 23 € /m3 (90 € / T)

 

dépense annuelle

60 UGB

80 UGB

100 % paille

2/3 paille+1/3 copeau

100 % paille

2/3 paille+1/3 copeau

paille à

70 € T

4 200 €

4 600 €

5 600 €

6 140 €

90 € / t

5 400 €

5 400 €

7 200 €

7 200 €

130 € / T

7 800 €

7 000 €

10 400 €

9 320 €

150 € / T

9 000 €

 

7 800 €

12 000 €

10 380 €

 

dépense annuelle

100 UGB

120 UGB

100 % paille

2/3 paille+1/3 copeau

100 % paille

2/3 paille+1/3 copeau

paille à

70 € T

7 000 €

7 680 €

8 400 €

9 200 €

90 € / t

9 000 €

9 000 €

10 800 €

10 800 €

130 € / T

13 000 €

11 640 €

15 600 €

14 000 €

150 € / T

15 000 €

12 960 €

18 000 €

15 600 €

 

En règle générale, une grande partie de la paille est produite sur l’exploitation ce qui rends cette dernière moins dépendante des fluctuations de prix.

Pour la paille qu’il reste à acheter, on remarque que lorsque le prix dépasse les 90 € / tonne, il devient alors intéressant de se tourner vers d’autres coproduits tels que le bois déchiqueté, rentabilisant ainsi le travail d’entretien de la haie effectué au fil des ans.

 

Damien HARDY

FD CUMA  53

 

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